S’aligner dans le mouvement

Un besoin pas si récent

En cette période si instable, nous entendons de plus en plus parler d’alignement. Que ce soit concernant la gestion de la crise sanitaire, vis-à-vis des politiques débattues ardemment ou des stratégies mises en place par les entreprises pour s’adapter à la situation, nous sommes toutes et tous en quête d’alignement : il faut que ce qui est dit soit aligné avec ce qui est fait et que ce qui est fait soit aligné avec ce qui est juste.

De la même manière, nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses à réfléchir à notre alignement personnel et à souhaiter que notre vie concorde avec nos besoins, que ce que nous expérimentons soit aligné avec nos rêves et nos envies.

Ce besoin d’alignement n’est malgré tout pas nouveau. Dans la Grèce Antique, Socrate invitait déjà ses semblables à réfléchir à qui ils étaient. La célèbre devise « Connais-toi toi même », inscrite au frontispice du Temple de Delphes et qu’il a rendu célèbre, souligne l’importance pour l’être humain de se connaître pour accéder à la sagesse.

A notre époque, le besoin d’alignement est souvent entre la vie professionnelle et personnelle. Nous sommes nombreux et nombreuses à chercher ce fameux équilibre, ce dosage, cette recette presque magique qui nous permette de jongler entre nos différentes casquettes et ce, afin de tirer le meilleur parti de notre existence. Nous courrons après le temps, sommes souvent frustré.e.s de ne pas assez profiter et cherchons à jongler entre notre famille, nos proches, nos envies, nos besoins et notre travail, notre carrière, notre ambition.

Une question d’équilibre

Dans cette course effrénée, nous cherchons une solution à un problème, une réponse à une question, là où il faudrait plutôt que nous apprenions à avancer tels que nous sommes.

En effet, l’alignement personnel ne peut pas être vu comme un but ultime car il n’est pas un état final : nous ne sommes pas « alignés pour toujours ». L’alignement est avant tout une question d’équilibre : nous sommes alignés quand nous avons trouvé un équilibre entre nos envies, nos besoins, nos actions et ce que nous vivons. Or, cela ne dure jamais. La vie, et d’autant plus le monde dans lequel nous vivons, nous pousse toujours d’un côté ou de l’autre : l’idée est donc, plutôt que de viser un alignement permanent, de réussir à retrouver rapidement cet équilibre lorsque nous le perdons.

Utiliser le mouvement

Pour y parvenir, il est intéressant de chercher à s’aligner dans le mouvement : tel un ou une équilibriste, apprendre à utiliser le mouvement pour viser la stabilité.

Concrètement, cela veut dire accepter l’idée que l’alignement ne sera que temporaire. Abandonner la poursuite d’un état durable permettra de revenir à l’ici et maintenant et à mieux sentir ce qui se joue en nous. L’objectif est de progressivement monter en conscience sur notre état intérieur et nos besoins afin de pouvoir rapidement savoir : comment est-ce que je me sens là maintenant ? Est-ce que ce que je vis est juste pour moi ? De quoi ai-je besoin ? Cela permet ensuite de pouvoir ajuster ce que nous disons, faisons et vivons en accord avec ce qui se joue en nous. Et ainsi se réaligner à nos besoins.

Socrate avait donc bien saisi l’importance de se connaître, à laquelle nous pouvons ajouter l’importance d’accepter l’impermanence des choses, car c’est avant tout par le mouvement que passe l’alignement.

4 commentaires sur « S’aligner dans le mouvement »

  1. Merci pour cet article, très pertinent !
    Rechercher « l’alignement permanent » est en effet aussi illusoire que de prétendre trouver une stabilité parfaite (à moins d’être mort…). La vie étant mouvement et changement, le « désalignement » est naturel, tout l’enjeu étant d’apprendre à évoluer dans ce contexte de réalignement régulier afin de s’adapter à ce flux constant qu’est la vie.

  2. Merci Marion de ce bel article inspirant qui m’amène aussi à réfléchir notamment par la métaphore de l’équilibriste sur mon propre cadre de référence que je partage avec toi. Dans ce cadre, mon Soi (= ce que je suis vraiment) est naturellement équilibré. Mon Moi (= mon ego) cherche à protéger cet équilibre naturel qui est souvent mis à mal par l’environnement dans lequel l’animal social que je suis évolue. Ce mécanisme de protection tente en quasi continu et de manière plus ou moins ajustée des rééquilibrages. Certains se font de notre plein gré (= en conscience) d’autres à l’insu de notre plein gré (= mode réflexe ou inconscient). Pour revenir à notre équilibriste en herbe, il peut à un moment s’arrêter instinctivement sur le fil de peur de tomber alors qu’il faudrait se mettre à courir pour retrouver l’équilibre, ou à d’autres moments réfléchir puis décider d’abaisser son centre de gravité pour réduire la propension au déséquilibre tout en ramenant le fil pas trop loin des mains au cas où ! Tout cela pour préciser que le réalignement peut venir du mouvement (= actions contrôlés ou non) ET aussi d’une attitude plus réflexive visant à clarifier ce qui est uniquement du domaine du Moi (versus le Soi et les autres) avant un éventuel mouvement contrôlé.

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